Accompagnement du patient

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Accompagnement du patient

(Last Updated On: 23 juillet 2019)

Le suivi débute systématiquement sur une information donnée au patient, conformément à la loi n°2002-303, qui préconise au professionnel d’informer le patient sur son état de santé. 

L’information est primordiale pour que le patient puisse comprendre l’objectif de la rééducation et poursuivre les exercices au quotidien.

Il est important d’apporter au patient les connaissances nécessaires pour permettre une collaboration optimale. Les informations vont porter sur :  

  • L’anatomie et la physiologie de la face à l’aide de schémas, vidéos etc
  • L’impact de la PFP mise en lien avec les souffrances exprimées par le patient
  • Les conseils de prévention et de protection en vie quotidienne (soins oculaires en particulier)
  • La ré-explication si besoin des circonstances d’apparition et des suivis proposés
  • Le principe des chirurgies, leurs objectifs, leurs intérêts et limites
  • Les objectifs et les stades de la rééducation (les attentes espérées et les limites)
  • Les conduites à éviter durant les exercices et les risques qu’elles impliquent
  • Les exercices donnés au fur et à mesure à réaliser au quotidien et leur intérêt

Bien comprendre le but des exercices permet au patient d’être l’acteur principal de son évolution. Il apprend ainsi à être vigilent au risque de syncinésie et à surveiller le plus patiemment possible les progrès.


Comprendre le fonctionnement des muscles :

N’hésitez pas à utiliser Artnatomya ou les tableaux à la fin du document mis à votre disposition si vous l’estimez suffisamment clair : Les muscles de la face.

Un des principes de la Neuromuscular Retraining est de comprendre l’action de chaque muscle afin de faciliter leur contrôle et relâcher les muscles non impliqués dans l’action. Le patient doit intégrer qu’il est l’expert de son visage.

Comprendre les syncinésies :

De façon générale, si l’on observe un câble de téléphone endommagé ou coupé, on se rend compte qu’il contient beaucoup de fils de différentes couleurs, qu’il faut reconnecter selon ce code couleur. Le nerf facial peut être comparé à un câble dont le diamètre est aussi fin qu’un spaghetti sec. Il contiendrait entre 6000 et 7000 fibres nerveuses (les fils), qui conduisent le signal électrique du cerveau aux muscles de la face afin qu’ils se contractent. En cas de lésion, même si les fibres peuvent souvent guérir spontanément, il n’existe pas de mécanisme (à la façon d’un code couleur) pour les diriger vers le muscle originellement relié à elles.

Le cerveau continue ainsi d’envoyer un signal pour contracter le muscle cible, pensant que la fibre nerveuse y est toujours connectée, alors que l’influx du nerf s’est dirigé vers un muscle différent qui va ainsi se contracter en même temps.

C’est pourquoi on peut par exemple observer du côté paralysé les cordes du platysma se contracter au niveau du cou lors de la réalisation d’un sourire ou encore une élévation de la commissure lors de la fermeture de l’oeil par exemple. Ces syncinésies ne se retrouvent pas du côté sain.

Le travail mené en séance et à domicile vise à guider les fibres vers la bonne cible afin d’éviter des reconnexions aberrantes.

Les muscles doivent être travaillés doucement car l’idée est de réaliser un mouvement adapté tout en assurant l’équilibre avec le côté non atteint. Il est donc important de ne pas forcer au risque de voir les deux côtés tirer l’un sur l’autre. Il est nécessaire de bien repérer si un muscle se contracte alors qu’il ne le devrait pas (notamment le mouvement de l’œil ou de la commissure et l’émergence du platysma) : le mouvement du muscle est donc réalisé en isolé.

Se conditionner :

Quand?

Les exercices à domicile sont réalisés sur des temps courts mais répétés (2-3 fois par jour voire plus si la personne s’en sent capable). Le patient doit bien comprendre que la quantité n’est pas aussi importante que la qualité et donc éviter de les faire lorsqu’il est fatigué. 

Où?

Pour être dans de bonnes conditions, l’environnement doit être calme, sans distractibilité et où le patient se sent à l’aise, sans embarras vis-à-vis de son apparence.

Comment?

Il est important que le patient soit motivé car son implication dans la rééducation est décisive. La thérapie le place au centre de l’action. L’orthophoniste lui fera comprendre que c’est lui le meilleur thérapeute en prenant le contrôle de ses mouvements. L’objectif est d’aboutir à une amélioration du contrôle moteur mais aussi de l’estime de soi.

Mentaliser :

La concentration du patient ne se focalise pas sur la force à mettre dans le mouvement (ce que nous faisons tous habituellement) mais plutôt dans le maintien de la connexion cerveau-nerf-muscle. Le patient est encouragé à utiliser des représentations mentales pour visualiser et ressentir ce lien afin de le garder en mémoire  lors des premiers mouvements.

Contrôler : 

Le patient a besoin d’une très grande concentration pour prendre conscience des muscles mis en jeu lors du mouvement facial et pour apprendre à dissocier les syncinésies du mouvement de base. Si cet effort mental est très coûteux au début, il sera de plus en plus automatisé et moins contraignant, au profit d’un contrôle de plus en plus performant et d’une atténuation de l’asymétrie.

L’entraînement quotidien est très important pour la récupération nerveuse et musculaire. Les exercices praxiques sont expliqués et réalisés en séance puis repris par le patient chez lui, dans l’idéal au moins 2 fois par jour pendant une quinzaine de minutes.

Vous trouverez ci-dessous une fiche récapitulative des recommandations à suivre durant ces exercices, qui peut être donnée au patient afin qu’il ait un rappel écrit auquel se référer (modifiable selon les besoins du patient) :

Un autre document vous est proposé, dans lequel différents exercices musculaires sont recensés dans un tableau. Cette fiche de synthèse peut être utilisée pour transmettre au patient les différentes tâches qu’il devra réaliser au quotidien.

Du fait de l’hétérogénéité des manifestations cliniques et de l’évolution de la PF, des fiches types sont difficiles à concevoir. C’est pourquoi vous trouverez toutes sortes de consignes qui sont à proposer à différents moments de la récupération. Il conviendra donc de faire une sélection et supprimer les éléments que vous jugerez inadéquats :

Rétablir l’appétence à la communication est primordial pour la personne paralysée qui angoisse à l’idée de se confronter au regard d’autrui. Il est important pour elle de se considérer, au-delà de son handicap, en tant que personne à part entière avec sa personnalité, ses centres d’intérêt et ses projets de vie.

On veillera donc à accompagner le patient avec des renforcements valorisants afin qu’il s’approprie un état de pensée positif : pour apprendre à sourire, il faut avoir envie de sourire. 

Mme Lambert-Prou (2004) parle de deux attitudes bénéfiques :

Aller vers l’autre et le rassurer :

Les attitudes négatives de l’interlocuteur viennent généralement d’une réaction de surprise, de curiosité ou d’embarras face à un visage différent. Le patient doit garder en tête que l’individu en face de lui ne se veut généralement pas malveillant. Si la relation établie le met suffisamment à l’aise, il peut prendre l’initiative d’informer  brièvement la personne de sa paralysie. La communication en sera plus aisée et la focalisation de l’interlocuteur sur le visage plus estompée.

Exemple donné par Mme Lambert-Prou pour aider certains patients à expliquer leur PF :

« J’ai une paralysie faciale d’un côté. Je contrôle mal les mouvements de mon visage, mais ne vous inquiétez pas, je vous entends et vous comprends tout à fait normalement ».

Il est important que la conversation ne porte pas uniquement sur la paralysie et donc d’enchaîner la conversation avec d’autres thèmes. 

Compenser la déficience de sa motricité faciale :

Au-delà de la récupération travaillée en séance et à domicile, quelques moyens de compensation peuvent être utilisés par le patient en situation de communication. Il s’agira de s’appuyer plus particulièrement sur la prosodie et la communication non verbale autre que celle du visage (gestes, postures) pour renforcer l’expressivité du discours.

Ces compensations peuvent émerger à partir de supports mettant en jeu des éléments extra-verbaux (jeux de rôles, sketchs, scènes de théâtre,…). Un enregistrement vidéo peut aider à analyser leur efficacité.

Remarque 

Lorsque la paralysie faciale est repérée par l’interlocuteur, son regard change et des affects plus négatifs influencent sa perception. L’étude de Su et al. (2018), montre que plus la paralysie est sévère, plus la personne en face est capable de la remarquer mais l’identification du côté atteint n’est pas une évidence.

Les auteurs supposent que le repère d’un déficit facial vient d’une interprétation globale du visage plutôt qu’une localisation clinique précise de l’atteinte. 

SOURCES

  • Choquet, M. (2011). La paralysie faciale idiopathique : orthophonie et kinésithérapie. Elaboration d’un feuillet informatif destiné aux médecins prescripteurs. (Mémoire pour l’obtention du certificat de capacité d’orthophoniste), Université de Strasbourg.
  • Lambert-Prou, M-P. (2016). UE 5.4.3 : Prise en charge orthophonique des paralysies faciales périphériques, opérées ou non. Département d’orthophonie, UFR Médecine de Caen.
  • Su, P., Ishii, L.E., Nellis, J., Dey, J., Bater, K.L., Byrne, P.J., Boahene, K.D.O., Ishii, M. (2018). Societal identification of facial paralysis and paralysis location. JAMA Facial Plastic Surgery.
  • http://bellspalsy.ws/
By |2019-07-23T17:13:10+02:00février 11th, 2018|Information professionnelle|0 Comments

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